A propos de l’article de Gerald Figal sur le vernis à la gomme laque dans le procédé au collodion humide.

posted by on 2014.05.19, under collodion humide, gomme laque, vernis
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Gerald Figal, suite à ses différents essais de vernis à la gomme laque vient de publier un intéressant article sur son blog. Cet article reprend l’histoire de ce vernis et de ses usages pour la photographie au collodion au XIX ème siècle ainsi qu’une étude réalisée sur la conservation des tintypes vernis à la gomme laque.

http://photaku.net/?page_id=672

Quelques remarques en vrac qui me viennent à la lecture de l’article de Gerald pour participer au débat qu’il a suscité en réintroduisant le vernis à la gomme laque aux Etats-Unis (comme toujours… c’est toujours mieux quand ça vient des Etats-Unis dans notre petit monde… ce sujet ayant déjà été abordé sur le forum de Disactis et certains de ses membres avaient fait quelques essais il y a quelques années, il y avait également eu des échanges sur le sujet dans le groupe FB « wet plate collodion photographer »).

Pour ma part j’ai fait des essais de vernis à la gomme laque il y a trois ou quatre ans. Il me paraissait clair en effet en consultant les ouvrages français du XIX ème que la gomme laque était assez largement utilisée et même recommandée par certains de ces ouvrages. Les vernis que j’ai réalisé avec la de la gomme laque non décolorée, non décirée que j’ai simplement filtré plusieurs fois me semblaient déjà beaucoup plus clairs après séchage qu’un vernis à la résine sandaraque, mais son application sur une plaque de verre préalablement chauffée présentait des difficultés d’application et un apprentissage plus important que celui demandé pour l’application d’un vernis à la sandaraque.

N’ayant pas pour pour habitude de faire du copier/coller et partant toujours de ma pratique personnelle et des sources importantes dont nous disposons en France je n’ai jamais enseigné que le vernis à la sandaraque était LE vernis pour les positifs sur verre ou sur fer… mais que ce vernis à la sandaraque pouvait-être utilisé dans certains cas pour permettre la retouche des négatifs (ce vernis étant plus « mou »). De là a conclure que le vernis à la sandaraque était employé systématiquement pour les négatifs cela reste à prouver (personnellement je n’y crois pas), donc j’éviterai la « nouvelle vérité » qui serait : la gomme laque pour les positifs sur verre et sur fer, la sandaraque pour les négatifs, ceci étant aussi faux historiquement que « le vernis traditionnel pour les positifs est la sandaraque ». Les ouvrages du XIX ème siècle indiquent que le vernis à la gomme laque est également vivement recommandé pour le vernissage des négatifs au collodion.

S’il est vrai que pour les finitions avec le vernis à la résine sandaraque il faut prévoir de sur-exposer d’un demi ou d’un diaphragme à la prise de vue, cela ne me semble pas nécessaire avec une gomme laque blonde (claire, non décolorée, non décirée) malgré le fait que ce vernis ait tendance à jaunir. Il suffit de se référer aux nombreux ambrotypes, tintypes/ferrotypes qui nous sont parvenus du XIX ème siècle et qui sont généralement bien exposés,  ceux-ci ayant été selon l’étude citée par Gerald majoritairement vernis à la gomme laque. Il faut noter qu’en France, les ouvrages déconseillaient l’utilisation de gomme laque décolorée à l’hypochlorite de soude.

Reste la question de savoir pourquoi le vernis à la sandaraque est devenu dans la pratique contemporaine du collodion « le vernis traditionnel ». Là, je n’ai pas tout à fait le même point de vue que Gerald. Je pense que cela relève tout bêtement d’une question pratique, le vernis tel qu’il est décrit ainsi que son application dans les ouvrages qui ont probablement servi de références aux personnes à l’origine du renouveau du collodion humide demande un tour de main difficile à acquérir en quelques plaques contrairement à l’application de la sandaraque qui est beaucoup plus simple. A partir de là, il est plus facile d’enseigner l’application d’un vernis à la sandaraque et que le « client » d’un workshop de deux jours soit satisfait…. Le fait d’éviter le chauffage préalable des plaques dans la méthode de Gerald à partir d’une recette de Liesegang après avoir éliminé la sandaraque de la formule de ce vernis évite en grande partie les difficultés et l’apprentissage du vernissage avec la gomme laque.

Gerald décolore la gomme laque en la filtrant avec du charbon actif. Qu’en est-il des personnes qui vont utiliser de la gomme blanchie et décirée de manière industrielle ? Le fait que la cire soit absente de ce type de gomme laque peut être compensé par l’ajout d’un « plastifiant » comme l’huile de lavande ou autre, mais le problème qui peut se poser avec ce type de gomme laque blanchie est l’emploi de l’hypochlorite de soude pour la décolorer. Si l’on applique un vernis à la gomme laque dans le but de garantir une meilleure conservation du collodion, je ne suis pas certain que l’utilisation d’une gomme laque blanchie soit une bonne idée…

http://www.additifs-alimentaires.net/E904.php

Si à cela on ajoute l’utilisation d’un alcool dénaturé pour la préparation d’un vernis à la gomme laque, il est probable que l’un des objectifs (la conservation) invoqué au départ pour une préparation de ce type ne soit pas atteint.

Ce vernis outre ses qualités de transparence offre une meilleure protection des plaques que celui à la sandaraque de par sa dureté.

Gerald a bousculé un peu les idées reçues sur ces histoires de vernis et c’est tant mieux ! Mais si cela devait aboutir à la création d’une nouvelle « norme » je ne suis pas certain qu’au final nous y gagnerions. Le vernissage des plaques au collodion humide n’étant pas l’unique type de finition possible et malgré toutes les qualités de ce vernis nous ne restons pas à l’abri d’une migration de l’image dans la couche de vernis ou de craquèlements de la couche de collodion liés aux tensions différentes des deux couches.

Cette question du vernis nous révèle contrairement aux enseignements généralement donnés du procédé au collodion humide qu’il n’existe pas une « vérité officielle » ou une forme « traditionnelle » à plus forte raison lorsque l’on zappe les travaux des photographes et des chimistes du XIX ème siècle ou que l’on prend que ce qui nous arrange du procédé afin de tenter de le formater ou de le standardiser. D’autres formes de formatages ou de standardisations sont également couramment pratiquées ou enseignées ou répétées (que ce soit d’un point de vue historique, technique ou plus simplement de l’ordre du vocabulaire) sans que ceux qui propagent ces pratiques ne sachent très bien de quoi il retourne.  Je m’attache dans mes formations à pointer ceux que j’ai détecté, il en existe probablement d’autres, mais je ne doute pas qu’au fil du temps et du nombre grandissant de pratiquants certaines de ces « vérités » ne fassent long feu.

 

Quelques documents à propos du vernis à la gomme laque.

- Un exemple de vernis à la gomme laque (sans alcool) pour négatifs au collodion :

LE MONITEUR DE LA PHOTOGRAPHIE - 184
NOUVEAU VERNIS POUR NEGATIFS
Ce vernis, dont la formule a été donnée comme chose nouvelle par le British Journal of Photography du mois d’avril 1887, ne diffère d’une formule semblable donnée à plusieurs reprises par nous·mêmes que par l’addition de glycérine.
Voici d’ailleurs cette formule:
- 32 parties : Gomme laque blanche

- 8 parties : Borax 

- 2 parties : Carbonate de soude .

- 1 à 2 parties : Glycérine.

- 320 partie : Eau.

On dissout le borax et le carbonate de soude dans 160 parties d’eau chaude, puis on introduit dans ce liquide la gomme laque brisée en petits fragments.
On fait bouillir sur une chaleur vive jusqu’a entière dissolution de la gomme laque.
Après quoi on laisse un peu refroidir et l’on filtre à travers du papier ; on ajoute ensuite la glycérine, et le volume est ramené à 320 parties.
Après un repos de quelquesjours, ou décante pour en lever le dépôt qui s’est formé, puis on filtre de nouveau.
La liqueur sort alors entièrement claire et limpide.
Au cas où on ne pourrait se procurer de la gomme laque blanche, on ferait usage de la gomme laque d’un jaune orangé pâle, la coloration qui en résulte n’étant pas trop nuisible au tirage des négatifs.
Les négatifs au collodion sont vernis a laide de ce vernis, tandis qu’ils sont encore mouillés et après le dernier bain de lavage.
Les négatifs à la gélatine doivent être immergés dans ce vernis pendant quelques minutes, ou bien on doit en passer a leur surface plusieurs couches successives. Dans l’un ou l’autre cas il en résulte une surface dure, brillante, qui résiste bien a l’action de l’eau.
Ce vernis est plus économique que ceux a base de résine. Il présente l`avantage de donner beaucoup plus de résistance aux négatifs au collodion dont la couche a été très fatiguée par un renforcement de bichlorure de mercure, suivi d’une immersion dans un bain d’hyposulfite de soude et d’ammoniaque. On pourrait, en ce cas, augmenter avec succès la proportion de gomme laque.

 

- Une note très intéressante du Bulletin de la Société Française (5 mars 1875) de photographie au sujet de la décoloration de la gomme laque.

« Le journal industriel de Hesse nous indique un moyen simple de décolorer la gomme laque pour faire le vernis photographique et éviter les inconvénients que présentent les gommes laques blanchies soit au chlore, soit à l’acide sulfureux, que l’on trouve ordinairement dans le commerce. Il suffit de dissoudre la gomme colorée dans l’alcool suffisamment fort puis d’y ajouter le charbon finement pulvérisé pour faire une légère bouillie. le tout est mis dans un flacon de verre blanc et exposé à la lumière solaire pendant quelques jours. On agite de temps en temps, puis on filtre; le résultat est une solution de gomme laque presque incolore. »

 

- Alphonse Davanne, La photographie – Traité théorique et pratique. 01/01/1886

Davanne gomme laque copier

 

 

P.S. En cas d’utilisation totale ou partielle de ce texte merci de citer la source chers amis collodionistes !!

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